Gitans et Gens du Voyage

 

LE CADEAU, C'EST MOI !

Laissez-moi vous offrir ce petit fait vécu comme un cadeau…

Gimi a 15 ans. Cela fait un an qu’il a quitté sa grand-mère en Roumanie pour rejoindre ses parents,

en France. Sa grand-mère lui manquait beaucoup…

Gimi est parti le 23 décembre pour passer les fêtes en Roumanie, avec sa grand-mère.
Gimi, as-tu un cadeau pour ta grand-mère ? lui ai-je demandé discrètement.
Mais le cadeau pour ma grand-mère, c’est moi ! me répondit-il avec un magnifique sourire !
Gimi ne nous fait-il pas entré dans le vrai sens de Noël ? dans le mystère de Noël ?

En effet, Dieu ne distribue pas de cadeaux comme le Père Noël. Il se donne lui-même… et il nous demande d’être nous aussi, un cadeau les uns pour les autres !
Que durant cette année nouvelle, il nous soit donné d’être un cadeau pour les autres…qu'
il nous soit donné de nous  accueillir comme des cadeaux !

Soeur Annette:

 

Elle ressemblait étonnamment à Bernadette…

 

Elle était assise sur le trottoir, près d'un magasin de souvenirs et y « faisait la manche ». Je m'approche et la salue : « Droboy tu, so keres ? » (Bonjour, que fais-tu ?).

« Mon bébé est malade ». Elle m'explique… et me dit qu'elle vient de Bucarest avec sa mère et ses frères.

Je lui fais une offrande. C'est alors qu'elle se lève d'un bon, et me saute au cou : « C'est aujourd'hui mon anniversaire, j'ai 18 ans ! Viens au café».  Je lui souhaite son anniversaire, formule pour elle plein de souhaits en romanes, l'embrasse et la serre dans mes bras.

Nous voilà installées au café. Elle mange un petit pain au chocolat et met précieusement le second dans son sac, pour sa maman. Son grand souci, c'est la santé de son enfant. Elle a entendu dire qu'ici « il y avait de l'eau », mais elle n'a pas le droit d'entrer dans les sanctuaires : « Avec ma jupe, je suis repérée, il faudrait que je mette un pantalon ».

« Si tu veux, nous y allons ensemble. J'achète un bidon et nous allons chercher de l'eau ? »

Nous voilà parties ! Cette petite femme de 18 ans avec sa jupe longue, son petit chignon, ressemble étonnamment à celle que l'on connait bien à Lourdes ; il ne lui manque que le fichu et les sabots ! Je l'appellerai donc « Bernadette ».

 

Dès l'entrée des sanctuaires, Bernadette prend mon bras. On se dirige vers les fontaines. Tout le long du chemin elle me parle, pose des questions et me dit qu'elle est chrétienne et catholique.

A la fontaine, tout en faisant les gestes nous prions : « Seigneur lave mes yeux… donne moi de dire de bonnes paroles… lave mes pieds…donne moi la force de continuer la route… la route si dure de la vie »

Puis elle me pose la question des piscines, ne sachant pas trop comment prononcer ce mot.

Lentement, nous passons devant la Grotte, en silence… c'est l'Eucharistie. Elle est impressionnée par les cierges. Je lui en explique le sens ainsi que celui des piscines. Elle est toute à l'écoute !

 

Au retour, nous nous arrêtons plus longuement devant la Grotte. Au moment de la communion, près de moi, elle reçoit la Bénédiction du prêtre. La prière se prolonge, mais on sent son inquiétude : sa maman est restée seule dans la rue !

Bernadette voudrait voir l'église « sous-terre ». Le bidon plein d'eau nous avançons vers  Pie X. Elle s'émerveille devant la Vierge Couronnée et les bouquets de fleurs. Nous récitons ensemble le « Je vous salue Marie » en Romanes.

En entrant à Pie X elle n'en croit pas ses yeux ! Elle semble à l'aise au coeur de cette messe internationale. Au moment du Notre Père, spontanément, elle tend les bras et suit sur le grand écran les paroles en français et en italien. Tout naturellement on se donne la Paix. Autour de nous, avec nous, Asiatiques, Africains, gens des pays de l'Est se tendent la main. Bernadette se sent si heureuse et elle fait ce geste avec tellement de grâce ! Nous sommes bien ensemble.

 

Tout à coup un policier surgit de derrière nous. Joignant le geste à la parole il la désigne du doigt et ordonne : « Vous, sortez ! »

« Excusez-moi Monsieur, lui dis-je, mais nous sommes ensemble, pour la prière ».

Il appelle l'extérieur avec son talkie-walkie, Bernadette me serre le bras « On n’a rien fait de mal ». Et, tout en me conseillant de faire ce qu'il dit, elle me chuchote : «  J'ai 18 ans aujourd'hui, je suis majeure, s'il me prend, il me renvoie de suite en Roumanie »

Nous nous dirigeons vers une sortie mais, pointant à nouveau son doigt, il nous indique la porte que l’on doit prendre.

Avec Bernadette nous faisons un arrêt devant le Saint Sacrement. Elle jette un coup d'oeil, le policier est toujours là derrière nous. Il nous accompagne jusqu'à la sortie où un autre nous attend, talkie-walkie lui aussi à l'oreille. Bernadette me serre très fort le bras et nous nous retrouvons sur le trottoir, hors des sanctuaires.

Un homme passe en voiture et lui fait signe. « Je le connais me dit-elle, c'est un Monsieur d'ici, il m'avertit que le fourgon de la police est là ». Elle est très inquiète pour sa maman. Elle se cache au coin de la rue pendant que je vais voir où est sa mère. Elle n’est plus là !

 

Quelques instants d’angoisse, puis elle l'aperçoit tout à coup ! Aussitôt, Bernadette me quitte. Elle court vers sa mère, le bidon d'eau à la main ! De loin elle me fait des signes d'au revoir et m’envoie des baisers ! Et c’est ainsi que nous nous sommes quittées…

 

Cette messe internationale à laquelle je me rendais le dimanche 21 août 2011, je ne suis pas prête de l’oublier ! Elle ne s’est pas déroulée selon le rite habituel, elle a même été vécue, si l’on peut dire, dans « le désordre ». Il m’a manqué certes, la Liturgie de la Parole mais la vie de Bernadette n'a-t-elle pas été pour moi « Parole de Dieu » aujourd’hui ? Et la communion n’a pas été seulement au moment où j'ai reçu l'hostie : le partage du café et du pain au chocolat, les mains tendues fraternellement au moment du baiser de paix,  le coup d'?il  de l'homme en voiture, l'accueil de la commerçante qui lui permet de s'asseoir sur le trottoir devant son magasin, tout cela n’est-il « communion, Eucharistie » ?

 

« Elle me regardait comme une personne »   disait Bernadette en parlant de « la dame » au curé Peyramale. Puisse l’autre Bernadette et tous les migrants et exclus de la terre être considérés et regardés eux aussi « comme des personnes » !

 

Thérèse Poisson